La cybercriminalité menace la souveraineté numérique de la France
Pas un jour ne se lève sans qu’il n’y ait une cyberattaque alerte le président de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat. En novembre, Eurofiber France, fournisseur international d’infrastructures numériques (fibre et hébergement des données) de haute qualité, reconnaît avoir été victime d’une intrusion dans son système. En décembre, a lieu une importante infiltration des données dans laquelle des pirates extraient des fiches du fichier de traitement des antécédents judiciaires. Les administrations publiques sont loin d’être les seules visées. Des organisations comme la Fédération nationale des chasseurs, ou à l’automne, la Fédération française de tir sportif, le sont également. Une cyberattaque massive du logiciel Cogedim (utilisé par 40% des médecins) révélée par le ministère de la Santé fin 2025, a fait 15 millions de victimes françaises, dont 170 000 patients, avec des indications confidentielles sur leur santé et leur situation personnelle. Très récemment, l’Agence Nationale des Titres Sécurisés (ANTS) – gérant entre autres les cartes nationales d’identité, les passeports électroniques et biométriques, les titres de séjours, le permis de conduire -, est hackée. Près de 12 millions de comptes sont touchés. La fuite des données concerne, pour chaque compte : nom, adresse, date de naissance ou numéro de téléphone. Ces informations sont suffisantes pour permettre une usurpation d’identité. Leur réutilisation, débouche également sur le phishing pour toutes sortes d’arnaques par SMS.
Ces quelques exemples récents ne reflètent qu’un tout petit bout de la partie émergée de ce qui devrait constituer un sujet majeur de préoccupation de nos gouvernants. D’autant que la France est devenue – mais nous avons l’habitude des records – le deuxième pays au monde le plus touché par les fuites de données au 1er trimestre 2026. Plus une semaine ne passe sans qu’une entreprise, une plateforme, une administration un service sensible, ne révèle avoir été victime d’une fuite de données ou d’un piratage. Le coût à supporter inhérent aux conséquences de la cybercriminalité est proprement vertigineux et constitue une menace de tout premier ordre. On comprend aisément pourquoi, face à ce phénomène exponentiel des cyberattaques et autres fuites de données, la sénatrice Isabelle Goulet, tout en dénonçant « la France passoire », a demandé l’installation d’une commission d’enquête parlementaire.
Notre vie se joue désormais dans le cyberespace. Des acteurs, des États même, ayant des intentions belliqueuses se livrent à des actes d’espionnage et de déstabilisation qui, pour être cyber n’en sont pas moins criminels. Ils mêlent leurs actions criminelles à notre vie politique, démocratique, institutionnelle, économique et sociale et constituent un danger mortel pour notre civilisation.
Si nous ne prenons pas les mesures ad hoc, la 5G, l’essor du numérique en cloud, l’IA, risquent d’ouvrir des brèches irréparables tout en menaçant l’existence de notre souveraineté numérique.
Marc Fouquet

